Reviews by vpoumier

Copper BlueSugar

Rated 4/10

Jamais écouté avant.

Que dire d'un album aussi neutre et générique ? Oui, l'énergie est là, les guitares fuzzy font plaisir à entendre et ça a pu m'arriver de taper du pied en rythme sur certains morceaux. Et pourtant, l'album fini, je n'en retiens rien : pas une mélodie marquante, pas un morceau emballant, pas une sonorité ou une émotion différente... Copper Blue n'est certainement pas un mauvais album, et sans doute l'enchaînement rock 1990's des derniers jours n'a-t-il pas joué en sa faveur, mais je dois bien avouer qu'il m'a laissé parfaitement indifférent, dans un genre auquel je suis pourtant sensible. C'est vraiment dommage, d'autant que je ne connaissais pas du tout et que je me réjouissais de le découvrir...

Top : The Slim
Flop : Slick

GraceJeff Buckley

Rated 7/10

Déjà écouté avant.

Bien sûr, Grace doit malheureusement une partie de sa légende au drame qui l'a suivi. Et une autre partie à la reprise anthologique de Hallelujah qui y figure. Mais Grace, c'est aussi et peut-être surtout un vrai bon album de rock 90's, tendance mélodramatique et sensuelle, à la production foisonnante et aux sonorités éclectiques, ondoyant d'un morceau à l'autre entre folk rock mélancolique, croon romantique, influences jazz, structures arty et, de manière plus étonnante, rock à guitares presque grunge. Le tout porté par une voix capable de s'adapter avec souplesse et intensité à ces contextes disparates. Bien plus que le caprice musical d'un "fils de".

Top : Grace
Flop : Corpus Christi Carol

Déjà écouté avant.

En se tentant de se conformer aux codes de la britpop autour de laquelle ils gravitaient jusque là sans jamais totalement s'y fondre, par esprit d'expérimentation plus que de contradiction, Richard Ashcroft et les siens en signent paradoxalement le chant du cygne, le dernier album notable avant extinction. L'album est certes trop long pour ce qu'il est, et le groupe se fait souvent plaisir à faire durer un peu stérilement certains titres qui n'en méritaient pas tant. Mais le talent brut d'Ashcroft est incontestable, et cette mélancolie midtempo assumée tout le long, mariée à quelques touches orchestrales mélodramatiques, est plutôt séduisante.

Top : Sonnet
Flop : This Time

Déjà écouté avant.

Qui aurait prédit que quatre mystérieux ermites fascinés par la technologie inventeraient presque à eux seuls le son de la synthpop des années 1980 dans un studio à Düsseldorf ? Minimaliste musicalement mais maximaliste dans son approche froide et calculatoire, effaçant toute imperfection humaine, et donc toute forme d'émotion, sous un masque de sonorités synthétiques et de textures futuristes. Conséquence logique, The Man-Machine finit par être très répétitif et, il faut bien le dire, carrément daté. Ca n'enlève rien à sa dimension révolutionnaire, mais en 2026, l'écoute n'est pas passionnante, en dehors de quelques morceaux.

Top : The Model
Flop : The Man Machine

Jamais écouté avant.

Plus qu'un album, Post Orgasmic Chill est surtout un écrin pour le véritable trésor au cœur de Skunk Anasie, l'extraordinaire voix de sa chanteuse, Skin. Qu'il s'agisse de roucouler avecgroove et sensualité sur des ballades ou de cracher sa rage sur un fond de riffs lourds et primaires, elle sait tout faire, avec une intensité viscérale et un charisme ahurissant. Une totale découverte pour moi, et quelle découverte ! C'est presque incompréhensible qu'elle ne soit pas plus célèbre... Malheureusement, le reste du groupe sert principalement de faire-valoir, entre ambiances électroniques atmosphériques et morceaux plus agressifs, dans une veine post-grunge à la limite du metal. L'exécution est propre et précise, mais finalement assez générique et peu inspirée. Ca passe bien sur les morceaux les plus bruts, mais c'est flagrant sur les titres moins énervés, globalement pas transcendants.

Top : The Skank Heads
Flop : I'm Not Afraid

Déjà écouté avant.

La décadence glam passé à la moulinette des inflexions pop de Bryan Ferry et du génie expérimental de Brian Eno. Une rencontre sous tension entre deux ambitions créatives arbitré par la guitare définitivement ancrée dans le rock de Phil Manzanera. Oui, le son touffu et les morceaux longs peuvent sembler prétentieux à certains, déroutants à d'autres, mais passer à côté de For the Pleasure, c'est passer à côté d'un des sommets du glam rock, et un de ceux qui préfigurent une partie de son évolution vers des territoires plus complexes musicalement.

Top : In Every Dream Home a Heartache
Flop : Strictly Confidential

Jamais écouté avant.

Il y a quelques jours, je reconnaissais à Steve Earle la capacité à s'affranchir des clichés les plus ridicules de la country. Dwight Yoakam, lui, n'en a rien à foutre et plonge dedans la tête la première, sous prétexte de retourner aux racines du genre. Ça ne serait pas si grave sans les textes vomitifs de l'album. Marier ainsi clin d'œil antisémite, références au bon vieux temps des États confédérés, misogynie meurtrière étendue sur cinq morceaux (!) et, en guise de point final, clamer sa sainteté et son amour pour Dieu, c'est parfaitement dégueulasse, en plus d'être d'une hypocrisie inouïe. Une énorme bouse de cowboy fascisant pour redneck MAGA.

Top : -
Flop : Buenas Noches from a Lonely Room (She Wore Red Dresses)

Jamais écouté avant.

J'ai une certaine tendresse pour Cyndi Lauper, pour ses engagements bien sûr, mais aussi, sur un plan plus musical, pour l'authenticité avec laquelle elle cultive son excentricité, qu'elle brandit pour tenter de briser les lourdes chaînes de la pop manufacturée des 80's qui semblent trop serrées pour elle. Quand elle y arrive, ça donne des pépites mélodiques (Time After Time), féministes et festives (Girls Just Wanna Have Fun) ou provoc et un peu sexy (She Bop). Trois morceaux qui suffisent (avec quelques moments plus ponctuels où sa voix si singulière fait la différence) à faire de She's So Unusual un album marquant, pas un chef-d'œuvre, mais un disque que j'aurais sans aucun doute plaisir à réécouter à l'occasion. Et c'est déjà pas mal.

Top : Time After Time
Flop : I'll Kiss You

BlueJoni Mitchell

Rated 10/10

Jamais écouté avant.

Mais que c'est beau ! Je ne sais pas pourquoi je n'avais jamais pris le temps d'écouter cet album, pourtant largement considéré comme un monument. En tout cas, j'avais tort. Là où ses contemporains singers-songwriters, parfois tout aussi talentueux qu'elle, zigzaguent entre textes poétiques et protest songs, Joni Mitchell fait le choix de se mettre à nu, d'écrire un album intimiste, à la limite de l'impudeur, et de sublimer l'infinie tristesse de ses textes par sa richesse vocale hors du commun et par une inventivité mélodique constante. C'est probablement ça, le plus impressionnant : Blue n'est jamais prévisible, jamais là où on l'attend, aucun morceau ne se ressemble... et est pourtant une œuvre cohérente, un album au sens le plus noble du terme, qui prouve que dans le monde de la folk, dépouillement ne rime pas forcément de pair avec simplisme. Époustouflant.

Top : California
Flop : The Last Time I Saw Richard

I See YouThe xx

Rated 3/10

Jamais écouté avant.

Quelques morceaux assez accrocheurs, ambiance dance mélancolique, ne suffisent pas à effacer l'impression d'un album mesuré au millimètre, calibré et lissé à l'extrême, où chaque beat, chaque ligne de basse, chaque nappe de synthé, chaque harmonie vocale, est exactement là où il doit être, dans les cases prévues à cet effet. Résultat : toutes les émotions sont stérilisées et on s'ennuie ferme. Franchement dommage, d'autant que la production impeccable et les quelques fulgurances pop laissent penser qu'en prenant plus de risques, en lâchant les rênes, il y aurait des choses à faire...

Top : Lips
Flop : Brave for You

Jamais écouté avant.

Un album de country assez standard, un peu surproduit, aux accents rock springsteeniens (le charisme et le E-Street Band en moins). Steve Earle a néanmoins le bon goût de ne pas céder aux clichés les plus ridicules du genre (santiags, stetson, bourbon, flingues, champs de maïs et racisme) pour des récits réalistes sur les désillusionés du rêve américain dans les États-Unis de Reagan. Finalement, ça s'écoute plutôt bien, même si rien n'est particulièrement marquant ou bouleversant.

Top : Good Ol' Boy (Gettin' Tough)
Flop : Little Rock 'n' Roller

Déjà écouté avant.

Du rock lancinant à base de guitares bourdonnantes, de rythmes groovy et de mélodies accrocheuses, le tout baigné dans une ambiance de théâtralité sursexualisée : Marc Bolan et T. Rex donnent naissance en un album à la vague glam rock, dont d'autres, Bowie en tête, se chargeront d'explorer les limites. Basique, dans le bon sens du terme, et sans aucune prétention à la virtuosité, voilà un album dont la seule ambition est de faire secouer la tête et taper du pied, et qui y arrive avec une constance remarquable et un sens du cool assez irrésistible.

Top : Get It On
Flop : Girl

Déjà écouté avant.

Un classique du rock alternatif des années 1990, et c'est mérité. Et dire qu'Alanis Morissette avait à peine 20 ans quand elle a enregistré Jagged Little Pill, qui pourrait tout aussi bien être son best of, vu le nombre de morceaux cultes qui s'enchaînent. Les boîtes à rythme un peu prévisibles ; la structure couplets doux/refrains "durs" à base de grosse guitare post-grunge sur la plupart des morceaux ; les affectations vocales parfois forcées d'Alanis Morissette... Pas de doute, nous sommes bien en 1995. Et pourtant, 30 ans après, et malgré les innombrables chanteuses qui ont tenté, avec plus ou moins de bonheur, de se réapproprier ses recettes, Jagged Little Pill a plutôt bien vieilli. Et ça aussi, c'est très fort.

Top : Forgiven
Flop : You Learn

Jamais écouté avant.

La définition du cool 60's dans un album de pop/soul qui ne tombe jamais dans le kitsch ou le mauvais goût. La polyvalence vocale de Dusty Springfield y est pour beaucoup, parfois sussurrement sexy, parfois joueuse et souriante, parfois puissante et intense. Son choix d'enregistrer à Memphis, l'une des capitales de la soul, avec les musiciens locaux, alors qu'elle-même vient d'Angleterre, aussi, lui permettant de ne jamais tomber dans le pastiche. Ajoutez à cela le légendaire Son of a Preacher Man, une superbe version (en crescendo d'une guitare hispanisante à une instrumentation cinématographique en orchestre complet) des Moulins de mon cœur de Michel Legrand et, plus généralement, un ensemble de compositions sans fausse note... Le résultat, un album feel good typique des années 1960 qui, dans son genre, s'approche de la perfection.

Top : Son of a Preacher Man
Flop : In the Land of Make Believe

Jamais écouté avant.

Une longue et pénible inside joke de 40 minutes... Si je peux comprendre, et même adhérer à l'envie de se moquer des excès et des dérives de la culture hippie, force est de constater que la blague, près de 60 ans plus tard, tombe carrément à plat. Reste une série de "morceaux" très courts, plus foutraques que réellement expérimentaux, parfois tout à fait aléatoires, et dont la parenté avec les artistes dont ils sont censés être un pastiche est parfaitement illisible. A pousser la caricature jusqu'au non-sens (finalement, la meilleure parodie de We're Only in It for The Money, c'esr sa pochette !), Zappa a juste oublié de faire un album écoutable...

Top : Mom & Dad
Flop : The Chrome Plated Megaphone of Destiny

Jamais écouté avant.

Alors oui, c'est charmant... Et la voix de Bebel Gilberto, suave et caressante, est parfaite dans le contexte. Mais finalement, la bossa nova de Tanto Tempo, subtilement modernisée par quelques ornements électroniques (voire une production tout à fait trip hop sur certains morceaux), semble plus à sa place comme musique d'ambiance ensoleillée dans un bar à cocktail lounge un peu branché sur une plage huppée, une caïpirinha déstructurée à la main, qu'à être écouté au casque, de manière plus active. Si c'était l'objectif, c'est une franche réussite, sinon, ça n'a rien d'indigne ou de déplaisant, loin s'en faut, mais on finit quand même par un peu s'ennuyer.

Top : Sem Contenção
Flop : Alguém

Jamais écouté avant.

La rencontre d'une folk mélancolique et de sonorités expérimentales issues du jazz. J'avais un peu peur avant l'écoute, notamment de la longueur de certains titres, et j'avais tort. Bien sûr, en dehors des tintements lumineux du vibraphone, omniprésent, Happy Sad est lent, contemplatif et terriblement triste. Mais cette langueur, loin d'être ennuyeuse, est sublimée par la voix très particulière de Tim Buckley, cette intensité pas toujours maîtrisée mais déchirante, et par des très belles mélodies. Je comprends que ça ne parle pas à tout le monde, mais moi, je suis très client.

Top : Buzzin' Fly
Flop : Sing a Song for You

Jamais écouté avant.

L'album qui a simultanément propulsé le hip-hop dans le paysage musical mainstream et ressuscité la carrière d'Aerosmith (était-ce bien nécessaire ?). On sent que le hip-hop en est encore à ses balbutiements : les flows varient très peu d'un morceau à l'autre, les textes oscillent entre la grosse farce (You Be Illin'), trash talk de MC (Rising Hell) et première ébauches revendicatives (Proud to Be Black), et le son des boîtes à rythme est franchement daté, mais cette écoute a été pour moi une très bonne découverte, et pas seulement comme une pièce de musée. Avec un faible pour les morceaux les plus directement rock : Walk This Way, qui arrive à rendre Aerosmith intéressant, et Raising Hell, quasiment un morceau de hard rock rappé, franchement très cool.

Top : Raising Hell
Flop : Dumb Girl

Back in BlackAC/DC

Rated 4/10

Jamais écouté avant.

Difficile de prétendre que le deuxième album le plus vendu de l'histoire (!) n'a pas sa place dans la liste, ne serait-ce que pour son impact culturel global... mais que c'est mauvais ! Je n'ai rien a priori contre les gros riffs qui sentent la bière tiède et les dessous de bras, mais ça ne suffit pas à faire un album. On en vient presque à regretter la production limpide, qui révèle en haute définition les faiblesses d'un groupe globalement limité, qui ne connaît qu'une recette et qui la répète en boucle. Le tout avec des textes primitifs, où la beauferie viriliste le dispute à une misogynie violente, sous couvert d'esprit festif... Une écoute pénible.

Top : You Shook Me All Night Long
Flop : Let Me Put My Love Into You

Jamais écouté avant.

Ma note est sévère, mais elle correspond à un album qui, à mes yeux, n'est pas du tout honteux, pas du tout raté, mais qui a un énorme défaut : il manque singulièrement d'originalité. Klaxons sonne comme Franz Ferdinand qui aurait trois ans de retard, aurait perdu son sens de l'humour et essaierait d'expérimenter les textures électroniques cradingues. Comme témoignage sur le son d'une époque du rock indé britannique qui n'aura finalement pas duré si longtemps, pourquoi pas, parmi les 1000 et quelques albums les plus importants de l'histoire, c'est un peu léger.

Top : Totem on the Timeline
Flop : Magick