Rated 2/10
Il est des matins où le destin, ce grand farceur, décide de vous envoyer un uppercut dans les gencives avant même que le café n'ait eu le temps de couler. Ce matin, 6h00, le logiciel de sélection aléatoire de mon projet "1001 Albums" a craché son verdict, implacable, cruel, dénué de toute pitié. Sur l'écran, en lettres de feu numérique, s'est affiché : Iron Maiden - The Number Of The Beast.
"Putain... Iron Maiden."
Les mêmes mots, la même intonation lasse et désespérée que pour leur premier album. Vous vous souvenez ? Cette purge que j'avais dû m'infliger il y a quelque temps et qui avait récolté un magnifique 1/5, une note aussi généreuse qu'un compliment de Serge Gainsbourg à un jeune artiste pop. Pour les masochistes ou les nouveaux venus, le récit de cette torture auditive est toujours disponible ici. J'espérais, dans un recoin naïf de mon âme de rocker cabossé, que le sort m'épargnerait une seconde dose. Espoir vain, car me voilà donc, une fois de plus, face au monstre, face à la Bête.
Alors, mettons les choses au clair tout de suite. Oui, je sais, cet album est considéré comme un monument du heavy metal. Un classique, le disque qui a propulsé Maiden au rang de superstars planétaires. Le premier avec Bruce Dickinson au chant, ce qui, paraît-il, a tout changé. Et bien, soit, changeons de bourreau, mais gardons la guillotine.
Car si le chanteur a changé – on est passé d'un docker un peu aviné à une sirène d'alerte nucléaire – le fond du problème, lui, reste tragiquement le même. Ce qui me hérissait le poil sur leur premier opus est ici magnifié, élevé au rang d'art, poli comme un trophée. La production est plus propre, c'est vrai. Les compositions sont peut-être plus "épiques". Mais c'est précisément ça, le problème. Tout est plus... plus rapide, plus aigu, plus technique, plus... chiant.
Le cœur de mon aversion, la source de mon urticaire musical, c'est cette manie de la démonstration. Cette fameuse "branlette de manche", pour l'appeler par son nom. Chaque morceau est un prétexte à une course de Formule 1 sur six cordes. Des solos interminables, complexes, sans le moindre doute virtuoses, mais qui me laissent aussi froid qu'un discours de Valéry Giscard d'Estaing. Ça file à toute vitesse, ça tourbillonne, ça exécute des figures incroyables, mais ça ne raconte rien. C'est de la technique pure, une démonstration de force qui sacrifie toute âme, toute subtilité, sur l'autel de la performance. J'ai l'impression d'assister à une compétition de gymnastique, pas à un concert de rock.
Et puis, il y a cette voix... Bruce Dickinson, le nouveau messie pour des millions de fans, c'est LA voix du metal. Pour moi, c'est le son d'un homme qui essaie de chanter l'opéra pendant qu'on lui coince les valseuses dans une porte. Ces montées dans les aigus, ces "Woooooaaaaah" qui s'étirent comme un jour sans pain, cette théâtralité permanente... C'est trop, c'est surjoué. On est face à un super-héros en spandex vocal qui hurle des histoires de batailles et de démons. Très peu pour moi.
Je me souviens, au début des années 90, il y avait le pote d'un pote, un type qui ne jurait que par Maiden. Il passait des heures à nous expliquer le génie de Steve Harris à la basse, la complexité des harmonies de guitare, la profondeur des textes. Il nous cassait la tête avec sa merde. Et à chaque fois qu'il mettait un morceau, c'était la même chose : un riff sympa, rentre-dedans, prometteur... puis la voix de Dickinson qui décollait vers la stratosphère et, inévitablement, le solo de guitare qui venait tout gâcher. Trente ans plus tard, rien n'a changé. La sensation est exactement la même. C'est une musique qui me promet un sprint et qui m'impose un marathon de figures imposées.
Alors oui, il y a des titres qui fonctionnent mieux que d'autres. "The Number of the Beast" et son intro parlée, "Run to the Hills" et son rythme de cavalcade... On sent bien le potentiel, l'énergie brute qui pourrait tout emporter. Mais à chaque fois, le vernis technique et l'emphase vocale viennent tout recouvrir. C'est du rock passé au karcher et lustré à la cire de compétition.
Et ne me parlez pas de la pseudo-controverse sataniste aux États-Unis. C'était du pain bénit pour eux, une publicité inespérée. Le satanisme pour les nuls, parfait pour effrayer les ligues de vertu et se donner une image de rebelle. Une belle opération marketing, mais musicalement, ça ne change rien à l'affaire.
Bref, ce deuxième round contre Iron Maiden se solde par un nouveau K.O. technique. Je suis au tapis, assommé par les décibels et l'ennui. Cet album a beau être dans le "1001", pour moi, il restera l'un de ceux que j'aurais volontiers évité avant de mourir. Il conforte mon idée que le heavy metal de cette école et moi, nous vivons sur deux planètes différentes. La mienne est probablement plus morose, plus pluvieuse, mais au moins, les guitaristes y jouent des notes qui ont un sens.
Verdict : 1/5. Pour la constance dans l'excellence... de ce que je déteste.