Rated 6/10
Ok, allons-y pour le monument, le classique parmi les classiques, j'ai nommé "London Calling" de The Clash. Et c'est encore un disque qui traîne sa réputation de chef-d'œuvre absolu comme un boulet certifié platine. Sorti fin 79 au Royaume-Uni (début 80 pour les cousins d'Amérique), c'est le troisième album du groupe et celui qui, paraît-il, a tout changé.
La première chose qui frappe c'est la pochette iconique. Ce pastiche de la première pochette d'Elvis Presley, avec Paul Simonon fracassant sa basse Fender Precision sur la scène du Palladium à New York… C'est brut, c'est l'énergie punk capturée en un instant, même si musicalement, l'album s'éloigne déjà du punk pur et dur. Une des pochettes les plus célèbres de l'histoire du rock, sans discussion possible.
Mais revenons au sujet principal… 1979, le punk rock originel, celui des trois accords et du "No Future", commence sérieusement à sentir le formol. Les Sex Pistols ont implosé, les Ramones tournent un peu en rond et The Clash, qui a toujours eu une conscience politique et une ouverture musicale plus larges que la moyenne des crêteux, sent bien qu'il faut évoluer pour ne pas devenir une caricature. Fini le son brut et direct des deux premiers albums, place à l'exploration. Le groupe, mené par le duo Strummer/Jones, décide de s'affranchir des codes et d'aller piocher allègrement dans tout ce qui leur plaît : reggae, ska, rockabilly, R&B, pop, jazz… Un sacré melting-pot en perspective. L'enregistrement se fait dans une ambiance apparemment assez chaotique, avec le producteur Guy Stevens, connu pour ses méthodes peu orthodoxes (balancer par exemple des chaises dans le studio pour motiver les troupes). Le résultat est un double album de 19 titres.
Bon, soyons clairs tout de suite, la note que je donne risque de piquer un peu les yeux surtout quand on parle de "London Calling". C'est un peu comme dire que Le Parrain est un film de gangsters "pas mal" ou que la Joconde est un "joli portrait". On est face à un mythe, un album qui figure dans quasiment tous les classements des "meilleurs albums de tous les temps". Alors 3/5, ça demande une explication, voire une justification.
L'album est encensé, adulé, disséqué depuis plus de 40 ans. Il a marqué son époque, influencé des générations de musiciens, et représente pour beaucoup le sommet artistique des Clash et même du rock anglais post-punk. Les critiques de l'époque ont crié au génie, saluant l'audace, la richesse musicale, la pertinence des textes. Et sur le papier, tout y est : l'énergie rock'n'roll (même si moins "punk"), l'ouverture stylistique, les textes engagés qui dénoncent le chômage, les tensions raciales, la société de consommation, la menace nucléaire… C'est intelligent, varié, bien produit.
Le morceau titre, "London Calling", avec son ambiance apocalyptique et son rythme lancinant, est un hymne absolu. "Spanish Bombs" et son flirt avec la pop et les arpèges clairs, c'est réussi. "Rudie Can't Fail" et son ska/reggae chaloupé, ça fonctionne. "The Guns of Brixton", chantée par Paul Simonon, apporte une touche reggae/dub sombre et menaçante plutôt cool. "Lost in the Supermarket", avec son spleen très "classe moyenne anglaise", touche juste. Et puis il y a le tube "caché" (apparu après coup sur les pressages US), "Train in Vain (Stand by Me)", une pure pépite pop R&B qui tranche avec le reste mais qui est irrésistible.
Alors, pourquoi seulement 3/5 ? J'imagine que, comme souvent avec les "classiques incontournables", l'attente est énorme, peut-être démesurée. Et quand on a déjà écouté des centaines, voire des milliers d'albums, quand on a ses propres chapelles musicales (et moi, avec mes goûts, je ne suis pas exactement dans la pop FM), l'évidence n'est plus la même.
Peut-être que ce grand écart stylistique, cette volonté de toucher à tout, finit par donner une impression d'éparpillement ? C'est vrai que passer du rockabilly de "Brand New Cadillac" au reggae de "The Guns of Brixton", puis au quasi-disco-rock de "Train in Vain", ça peut dérouter. On peut y voir une richesse incroyable, ou un manque de cohésion. Question de point de vue.
Peut-être que l'énergie punk des débuts me manque ? "London Calling" est plus "produit", plus "poli" (toutes proportions gardées) que les premiers brûlots. C'est moins frontal, moins viscéral, l'urgence a laissé place à quelque chose de plus construit, de plus réfléchi. Ça peut plaire… ou laisser un peu sur sa faim si on cherche la décharge d'adrénaline pure.
Peut-être aussi que certains morceaux ont moins bien vieilli que d'autres ? Ou que l'ensemble, sur la longueur d'un double album, finit par accuser quelques longueurs ? C'est souvent le piège des doubles albums. Il y a forcément du remplissage, même si ici, le niveau global reste très élevé. Des titres comme "Lover's Rock" ou "Four Horsemen", sans être mauvais, ne sont peut-être pas au niveau des sommets de l'album.
Et puis, il y a le ressenti personnel, tout simplement. Parfois, un disque, même objectivement excellent, ne "parle" pas, ne déclenche pas l'étincelle. Ça n'enlève rien à ses qualités intrinsèques, mais la connexion ne se fait pas complètement. Vu mes groupes préférés, qui explorent souvent des territoires plus sombres, plus expérimentaux, plus atmosphériques, il est possible que le côté plus "rock classique", même teinté d'influences diverses, de "London Calling" me touche moins profondément.
Conclusion, "London Calling" est indéniablement un album important, ambitieux, et influent. Il a montré que le punk pouvait évoluer, s'ouvrir, sans forcément perdre son âme (même si certains puristes de l'époque n'étaient pas d'accord). Il regorge de grands moments, de chansons intelligentes et bien fichues, et sa diversité reste impressionnante. Mais voilà, "important" ou "influent" ne veut pas forcément dire "coup de cœur absolu". Et pour moi, visiblement, malgré ses qualités évidentes, il manque ce petit quelque chose qui fait passer un album du statut de "très bon disque" à celui de "chef-d'œuvre personnel". Car tout le monde n'est pas obligé de tomber à genoux devant les mêmes idoles. Ce 3/5 reflète une appréciation honnête, qui reconnaît la valeur historique et musicale de l'œuvre, mais sans l'extase que sa réputation pourrait laisser espérer.