Reviews by vpoumier

Jamais écouté avant.

Comme toujours avec Morrissey en solo, difficile de ne pas comparer avec les sommets atteints avec les Smiths, et de ne pas constater qu'il en est rien. Sans doute parce qu'Alain Whyte et Boz Boorer, ses collaborateurs les plus proches ici, ne sont pas Johnny Marr, et qu'ils ont un peu trop tendance à laisser le côté drama king pleurnichard du Moz prendre le dessus sur la qualité des compositions. C'est d'autant plus frustrant sur Vauxhall and I que certains morceaux laissent transparaître plus ou moins clairement son talent brut, et que Morrissey n'a pas encore complètement lâché la rampe politiquement...

Top : Speedway
Flop : Lifeguard Sleeping, Girl Drowning

Jamais écouté avant.

Difficile d'être objectif avec le premier album francophone (et j'imagine l'un des rares...) de la liste. D'autant plus quand il s'agit d'un enregistrement live de celui qui est peut-être notre plus grand auteur et interprète, l'immense Jacques Brel. Il y met son époustouflante théâtrilité au service de quelques uns de ses plus beaux textes, dont bien sûr Amsterdam, dont c'est l'unique enregistrement, mais aussi des titres moins célèbres, comme les sublimes Le Dernier Repas ou Au suivant, chefs-d'œuvre de réalisme poétique et d'écriture au millimètre. Et on comprend comment et pourquoi des dizaines d'artistes, y compris anglophones, se sont réclamés de son héritage, Scott Walker et David Bowie en tête. Si la chanson francophone devait avoir un sommet, Olympia 64 n'en serait sans doute pas loin...

Top : Au suivant
Flop : Les timides

Déjà écouté avant.

Un de mes albums préférés, le premier chef-d'œuvre de Robert Smith et des siens, un disque au minimalisme frigorifique mais au charisme incandescent qui préfigure la vague gothique des années 1980 sans pour autant avoir vieilli d'un iota en près de 50 ans. De la batterie machinale de Lol Tolhurst à la voix si singulière de Robert Smith, en passant par les nappes de brouillard synthétiques et les lignes de basse portées le plus souvent jusqu'au premier plan du mix, tout conspire à installer une ambiance certes peu rigolarde, mais d'une puissance évocatrice dévastatrice. Et le talent de songwriter de Robert Smith fait le reste, qui enchaîne morceau génial sur morceau génial, dans ce style de pop dépressive qu'il maîtrise à la perfection. Absolument sublime.

Top : M
Flop : The Final Sound

Jamais écouté avant.

Dans la famille britpop, voici venir l'adolescent turbulent, celui qui a du mal à contenir son énergie et ses sautes d'humeur, mais que son envie de bien faire et son sourire provocateur rendent finalement très attachant. La preuve, même au-delà du tube "Alright", que des instincts pop, un dynamisme communicatif (lié à leur jeunesse, sans doute, mais aussi au fait qu'ils se nourrissent bien plus dans le punk que leurs contemporains) et un certains sens de la concision peuvent suffire à sortir un album universel, comme une bande-son des joies et des excès de l'adolescence.

Top : Caught by the Fuzz
Flop : We're Not Supposed To

Jamais écouté avant.

Un album de power pop sophistiquée, bavarde et érudite à la Elvis Costello (ça tombe bien), sorti au sommet de la vague britpop, comme pour rappeler aux petits jeunes que l'ancêtre en a encore sous le pied. C'est plutôt très bon, même si le tout est un peu long, assez safe et sans réel morceau de bravoure.

Top : Kinder Murder
Flop : Clown Strike

Jamais écouté avant.

Enregistré en une semaine par le seul Dave Grohl, en guise de thérapie après le suicide de Kurt Cobain, Foo Fighters porte sans doute un peu trop les stigmates de ses conditions de réalisation artisanales. La production et le mix sont bordéliques, et beaucoup de moment qui pourraient être épiques semblent comme aplanis par le fait d'avoir été enregistrés en kit... Conséquence malheureuse : aucun morceau ne surnage vraiment ou ne marque réellement à l'écoute, et tout se noie dans un nuage rock certes pas désagréable, mais finalement assez standard. On peut néanmoins être honnêtement impressionné de la performance, d'autant que Dave Grohl concocte ici une recette qui fera le succès des Foo Fighters (devenus un groupe à part entière) dans les années qui suivront : un hard rock à mi-chemin entre grunge et pop-punk, à la fois bruyant et mélodique, ce fameux post-grunge qui ne produira pas que des chefs-d'œuvre, loin s'en faut...

Top : This Is a Call
Flop : Oh, George

TenPearl Jam

Rated 7/10

Déjà écouté avant.

C'est rare qu'un premier album porte autant les marques d'un groupe déjà accompli, qui n'a déjà plus besoin de trouver sa voix. Ici, la voix de Pearl Jam est celle d'un grunge à la fois décomplexé dans son agressivité et sa noirceur et héritier putatif d'un certain hard rock de stade typique des années 1980. Le timbre si particulier d'Eddie Vedder, qui ne semble "cliché" que parce qu'il a été maintes fois imité depuis, et l'interaction entre les guitares de Mike McCready et Stone Gossard sont les deux éléments signatures de Ten, album de guitare par excellence, qui n'a qu'un véritable défaut, finalement assez fréquent : perdre de son ampleur sur la fin, qui tire un peu en longueur.

Top : Even Flow
Flop : Oceans

21Adele

Rated 4/10

Jamais écouté avant.

Dommage d'avoir une voix aussi exceptionnelle et de n'en tirer que des ballades mielleuses surproduites, calibrées au millimètre pour faire pleurer dans les chaumières (et accessoirement pour se vendre par camions entiers). D'autant que quand elle laisse plus parler ses influences soul que ses envies de ne surtout pas déplaire, Adele est capable de vraies performances groovy ultra-plaisantes (Rolling in the Deep, au hasard). Frustrant...

Top : Rolling in the Deep
Flop : Take It All

Jamais écouté avant.

Conçu comme une introduction au paysage musical d'une des nations les plus viscéralement musicales du monde (de ce point de vue, Cuba tutoie tranquillement des titans comme le Royaume-Uni ou le Brésil), présentée par quelques uns de ses plus illustres ambassadeurs, déjà plus tout jeunes à l'époque de l'album, Buena Vista Social Club est une totale et emballante réussite. On ne s'ennuie pas une seule seconde en découvrant tous les rythmes et les genres de l'île caribéenne, toujours empreints d'une douce mélancolie, et on en ressort avec une seule envie : creuser plus loin, que ce soit dans la carrière de ses interprètes, bien sûr, mais plus généralement dans ce paysage musical d'une diversité étonnante.

Top : Candela
Flop : Pueblo Nuevo

Jamais écouté avant.

Un album de jazz dont je ne distingue pas bien, peut-être à cause de mon inculture dans le genre, la spécificité. Ce serait mentir de dire que l'écoute est désagréable, les musiciens sont incontestablement talentueux et ce genre de jazz tout en douceur a quelque chose d'intemporel (difficile à croire, d'ailleurs, que l'album date de 1986, tant il sonne comme s'il avait trente ans de plus...), mais n'a rien qui accroche l'attention, en tout cas mon attention, et a une fâcheuse tendance à se fondre dans le décor malgré tous mes efforts pour maintenir une écoute active. Il a même quelque chose de frustrant, tant je m'attendais à y entendre quelque chose de l'Afrique du Sud ou de la douleur de l'exil qui me semble complètement absent... L'autre mauvaise surprise, c'est à quel point le piano semble en retrait dans les arrangements, alors que c'est justement l'instrument d'Abdullah Ibrahim. Après la claque que j'avais prise avec Keith Jarrett, j'en attendais peut-être trop, et j'ai été franchement déçu...

Top : Tuang Guru
Flop : The Wedding

Jamais écouté avant.

Hier, je découvrais les productions luxuriantes et la densité mélodique presque pop de l'album de Lupe Fiasco. Le grand écart avec cet album de Kendrick Lamar (mon deuxième dans la liste) est réalisé par un professionnel : ici, les prod sont minimalistes, sombres, presque froides, et le rap nettement plus agressif (y compris dans le langage) et les ambitions pop pour ainsi dire inexistantes. Et pourtant, j'ai pris autant de plaisir à le découvrir. Concept album extrêmement ambitieux, racontant de manière décousue et partiellement autobiographique la vie à Compton et les tentatives de son personnage pour s'extraire de la violence des gangs et vivre de la musique, good kid m.A.A.d city est à la hauteur de ses ambitions et nous embarque totalement, tant par l'ambiance musicale que par les textes de son auteur, qui utilise les clichés du gangsta rap pour mieux les retourner. Un très bon album, dont on regrettera seulement l'utilisation un peu trop systématique des skits narratifs, qui ne semble pas toujours nécessaire pour comprendre la progression du récit. Après avoir écouté ses deux albums sur la liste, et malgré mes réticences initiales vis-à-vis du hip-hop, je dois bien avouer que Kendrick Lamar m'a bluffé, et je comprends pourquoi il est considéré comme une référence.

Top : Swimming Pools (Drank)
Flop : Real

Jamais écouté avant.

Encore un très bon album de hip-hop, très accessible, ici agrémenté d'une véritable sensibilité mélodique pop, de productions riches et variées et de textes chiadés qui évitent pour l'essentiel les clichés du genre. En dehors de l'interminable outro, dont je ne perçois pas bien l'intérêt, et de quelques morceaux un peu en deça, je ne me suis pas ennuyé un instant. À se demander pourquoi Lupe Fiasco, dont j'avais déjà vu passer l'erreur le nom mais dont j'ignorais tout, n'a pas la notoriété d'autres artistes du genre, souvent moins talentueux...

Top : Daydreamin'
Flop : Outro

Déjà écouté avant.

La meilleure version de Deep Purple livre un des premiers albums véritablement "heavy metal", quelques mois après le premier Black Sabbath. C'est lourd, très lourd pour 1970, et ce de la première à la dernière note, avec un morceau de bravoure brillant au milieu, Child in Time, et un affaiblissement relatif sur la fin de l'album. Avec les nappes d'orgue épiques de Jon Lord et les inflexions classiques de l'immense Ritchie Blackmore à la guitare, maintes fois imité mais jamais vraiment égalé, In Rock est le prototype de la branche la plus grandiloquente, teintée de prog, du metal.

Top : Child in Time
Flop : Into the Fire

FragileYes

Rated 6/10

Déjà écouté avant.

Le meilleur et le pire du prog. Le meilleur quand les cinq membres du groupe accordent leurs talents dans les morceaux les mieux construits et les plus épiques de l'album (en particulier l'intro et l'outro), sur lesquels brille notamment la basse de Chris Squire. Le pire quand ils décident de s'offrir chacun un morceau de démonstration technique, sans doute impressionnants de virtuosité, mais sans aucune forme d'intérêt mélodique ou émotionnel... Seul Rick Wakeman se sort à peu près correctement de son solo, principalement parce que le morceau n'est pas de lui, mais de Johannes Brahms.

Top : Roundabout
Flop : We Have Heaven

Jamais écouté avant.

Et voilà mon premier 5 étoiles hip-hop. Contrairement à ce que pourrait laisser penser sa couverture, The Renaissance est un album d'une totale organicité, où la machine, certes présente, est à sa juste place : celle d'un auxiliaire à l'humanité de la musique. Des musiciens jazz, des voix soul, un groove d'une classe folle, à la fois accessible et d'avant-garde, le tout dans un emballage de nonchalance old school du meilleur effet et avec un sens de la réinvention permanente pour chasser l'ennui... Une réussite d'autant plus impressionnante que l'album est sorti en 2008, une année que je n'associais pas a priori à la meilleure période du hip-hop. Très très fort.

Top : Gettin' Up
Flop : Shaka

Déjà écouté avant.

Un choix étrange d'album à inclure dans cette liste... Certes les Beatles restent les Beatles, et même un album secondaire de leur part reste loin au-dessus de la moyenne de leur époque. Mais quitte à inclure un album de leur "early period", pourquoi ne pas plutôt choisir leur tour premier (autant revenir aux sources pour de vrai) ou Help!, leur premier véritable chef d'œuvre, qui annonce la seconde partie de leur carrière, celle où leur génie explose réellement ? Sur With the Beatles, ils s'appuient encore sur de très nombreuses reprises, et leurs compositions originales restent marquées par le son de la pop 60's et du merseybeat, exécuté avec talent et précision, mais sans réelle innovation. La définition d'un album mineur dans une carrière pourtant courte et géniale.

Top : It Won't Be Long
Flop : Little Child

Déjà écouté avant.

Total respect pour l'un des groupes fondateurs du heavy metal moderne, mais cette période de leur production a plutôt mal vieilli, en particulier comparée à l'incroyable (et nettement plus hard) Painkiller. La faute, sans doute, à une volonté de conformer leur son aux standards commerciaux des années 1980 naissantes, à coups de riffs pas toujours inspirés et de refrains sing-along daubesques ("United", au hasard...). C'est finalemenf la géniale et iconique "Breaking the Law" qui sauve l'album, avec un ou deux autres morceaux pas complètement noyés dans la soupe.

Top : Breaking the Law
Flop : United