Rated 4/10
Aujourd'hui, on coche une case monumentale du projet "1001 Albums" : "Talking Book" de Stevie Wonder, sorti en 1972. Le genre de disque intouchable, le classique des classiques, l'album que tout le monde est censé vénérer.
Eh bien, "tout le monde" sauf moi, visiblement.
Je vais être direct : j'ai jamais accroché à Stevie Wonder. C'est peut-être à cause de cette vibe perpétuellement positive, ce côté "tout va bien, la vie est belle", je sais pas, ça m'angoisse. Et "Talking Book", que je viens de m'infliger, ne fait que confirmer cette allergie profonde.
Le verdict tombe, sec : 2 sur 5
Pourquoi deux points, me direz-vous, si je déteste tant ? Parce que je ne suis pas non plus un connard fini (enfin, pas totalement) et qu'il faut rendre à César ce qui lui appartient.
Point 1 : "Superstition". OK, là, on ne déconne plus. C'est un putain de chef-d'œuvre. Ce riff de clavinet Hohner, c'est de la magie noire. C'est l'essence même du funk, un truc tellement physique, tellement imparable, que même moi, avec mon amour pour les drones de Sunn O))), je me surprends à hocher la tête. C'est une chanson parfaite, point barre. Elle a sa place au Panthéon, et elle justifie à elle seule l'écoute.
Point 2 : "You Are the Sunshine of My Life". Bon... C'est l'exact opposé. C'est la mélasse, la guimauve, le diabète auditif de niveau 5. C'est sirupeux au possible, MAIS c'est d'une efficacité redoutable. C'est la chanson d'amour ultime tellement bien foutue dans sa niaiserie qu'elle en devient presque admirable. C'est le genre de truc qui passe à tous les mariages, et bizarrement, ça marche à chaque fois. C'est un tube planétaire, et ce n'est pas pour rien.
Voilà. Mes deux points sont distribués.
Parce que le reste... Le reste de l'album, mon Dieu, mais qu'est-ce que c'est chiant. Je suis désolé, je sais que je marche sur une mine, mais je me suis emmerdé comme rarement. C'est le problème quand on enlève les deux singles monstrueux : il reste quoi ?
Il reste une collection de ballades soul-pop ultra-léchées, de mid-tempos confortables et de productions tellement propres que ça en devient stérile.
On me parle de l'innovation, des synthétiseurs ARP et Moog que Stevie commençait à maîtriser. Super, mais il en fait quoi ? Des nappes doucereuses, des petits sons de flûte électronique gentils. On est à des années-lumière de la froideur d'un Kraftwerk ou de la folie d'un Sun Ra. Ici, le synthé sert à faire... joli.
Où est le nerf ? Où est la tension ?
"Maybe Your Baby", "Tuesday Heartbreak", "You and I"... J'ai écouté, j'ai attendu, j'ai attendu une fêlure, un dérapage, un moment de folie, un truc qui grince. Rien, absolument rien, c'est de la musique en pantoufles, c'est du velours côtelé auditif.
Tout est impeccable, la voix est magnifique (personne ne le nie), les arrangements sont sophistiqués, les musiciens sont au top. Mais c'est mortellement poli, c'est de la soul de salon, parfaitement exécutée, mais totalement dépourvue de cette urgence viscérale qui fait pour moi les grands disques.
C'est un album qui parle (Talking Book, haha), mais il ne crie jamais. Il ne pleure jamais vraiment (même dans les ballades, ça reste pudique).
Bref, "Talking Book", c'est deux monuments de la pop/soul posés sur un tapis persan très cher, très bien tissé, mais incroyablement ennuyeux. J'ai payé mon dû en écoutant les deux tubes, le reste repartira prendre la poussière.
Case cochée, mais sans plaisir.