C’est reparti, encore ce foutu dirigeable de plomb qui refuse de s'écraser, de sombrer une bonne fois pour toutes dans les limbes de l’histoire.
Je me retrouve aujourd'hui face au premier album de Led Zeppelin. la genèse du mal, le patient zéro d'une épidémie de testostérone rance et de solos interminables qui ont pollué les ondes pendant des décennies. Je m'attends aux hurlements des puristes, à leurs litanies sur la « virtuosité », le « groove » ou le « génie » du guitariste. Mais après une vie passée derrière le comptoir d'un disquaire indépendant et dans les studios d'une radio qui avait vraiment quelque chose à dire, je refuse de cautionner ce silence complice.
On va mettre les points sur les i et je vais vous expliquer, par A + B, pourquoi Led Zeppelin, et ce premier album en particulier, représente tout ce que je déteste dans le rock. Ce n'est pas juste de l'animosité gratuite — enfin, si, un peu, ça fait du bien — mais c'est surtout une question d'hygiène mentale et de cohérence artistique.
I. Le pillage organisé ou l'art de ne pas citer ses sources
Commençons par le plus flagrant, le plus honteux : le plagiat car ce premier disque n'est pas une œuvre mais un catalogue de vol à main armée. On nous vend du « Blues Rock » novateur, j'y vois du colonialisme musical pur et dur. Le groupe a pillé les maîtres du Delta avec la subtilité d'un bulldozer dans un jardin d'enfants.
On nous vend ces morceaux comme des créations originales, mais ce ne sont que des reprises à peine déguisées. S'approprier la souffrance des vieux bluesmen pour en faire un spectacle de foire pour stades bondés me soulève le cœur. On est loin de l'authenticité d'un blues crasseux car ici, tout est passé au vernis brillant d'une production boursouflée. C'est du blues pour les gens qui ont peur du vrai blues car chez Led Zeppelin, le blues ne sent pas la misère, il pue le patchouli et l'argent facile.
II. La voix : L'elfe sous hélium
Et puis, il y a la voix. Mon Dieu, cette voix... On nous l'a vendue comme l'instrument ultime, le cri de la liberté. Pour moi, Robert Plant est juste un elfe égaré qui aurait inhalé un ballon d'hélium avant de se coincer les parties intimes dans une porte de studio. Ces glissandos permanents, ces petits cris orgasmiques poussés à tout bout de champ au mépris du ridicule, c'est une insulte à l'intelligence.
Dans ma discothèque personnelle, j'ai besoin de profondeur, de noirceur, d'une voix qui porte le poids du monde, qui raconte une vérité, aussi sombre soit-elle. Ici, le chanteur ne raconte rien, il fait juste de la gymnastique vocale pour flatter son ego et celui de ses admirateurs. C’est une performance de cirque, pas de l’art et il n'y a aucune émotion réelle dans ses hurlements, juste une démonstration technique agaçante qui cherche à masquer le vide intersidéral des paroles.
C'est l'école du cri pour le cri, le début de cette tendance insupportable des chanteurs à vouloir prouver qu'ils ont trois octaves dans le gosier alors qu'ils n'ont rien dans le ventre.
III. La branlette de manche érigée en système
Parlons-en de la « virtuosité » car on arrive au cœur du problème : la branlette de manche. Jimmy Page est le précurseur de cette maladie mentale qui consiste à penser qu'un solo de guitare est plus intéressant s'il dure huit minutes et qu'il utilise toutes les notes de la gamme sans aucune retenue.
C'est l'antithèse absolue de ce que j'aime. J'ai toujours préféré le minimalisme, la puissance brute, la texture sonore ou la dissonance travaillée. Là où chaque note devrait compter et chaque larsen devrait avoir une raison d'exister, chez Led Zeppelin, le solo est une fin en soi. C'est de l'auto-congratulation sonore, on est dans l'exhibitionnisme pur.
« Regardez-moi, je joue vite, je joue fort, je mets un archet de violon sur ma guitare parce que je suis un artiste mystique ». C'est pompeux, c'est lourd, et surtout, c'est d'un ennui mortel. Le rock, pour moi, c'est l'urgence, c'est l'accident, c'est la tension. Ici, tout est calculé pour impressionner le bourgeois en mal de sensations fortes. Et cette démonstration de force permanente n'est que l'aveu d'une immense faiblesse créative.
IV. L'ego surdimensionné et le folklore de pacotille
Il y a une arrogance insupportable qui émane de ce disque. Dès 1969, ces types se posent en demi-dieux. Tout est trop gros : le son de batterie, les riffs, l'imagerie. Ils ont engendré ce monstre qu'est le « Rock de Stade », une machine à cash déconnectée du réel.
Leur côté « mystique » avec des références aux sciences occultes ou à la fantasy de comptoir, c'est le degré zéro de la pensée. C'est du folklore de dortoir car quand je cherche de la radicalité ou une démarche intellectuelle dans la musique, je me tourne vers des univers autrement plus complexe, pas vers des décors de théâtre. Ils jouent aux sorciers alors qu'ils sont juste des rentiers qui s'achètent des châteaux. Une imposture qui a ouvert la voie à toutes les dérives du hard rock bas du front.
V. Le Rock n'est pas une musique de pantouflards
C'est peut-être là le point qui me fâche le plus. On nous présente Led Zeppelin comme le summum de la rébellion. Putain mais quelle blague car il n'y a absolument rien de contestataire dans cette musique, c'est une musique de confort, c'est la musique que vos parents écoutent en tapant du pied, persuadés d'être « rock'n'roll ».
Le rock est né pour faire chier le monde, pour bousculer les codes, pour être une menace sociale. Led Zeppelin, c'est la musique de l'establishment qui se déguise en rebelle. Ils ne contestent rien, ils profitent du système jusqu'à la moelle et ils encaissent les dividendes.
Le punk, quelques années plus tard, avait tout compris. Il fallait brûler ces idoles de pierre, ces « dinosaures » qui occupaient tout l'espace avec leur suffisance. Pour moi qui ai grandi avec des sons plus rugueux, plus honnêtes, Zeppelin est le frein qui a empêché la musique d'avancer. Ils ont figé le rock dans un moule réactionnaire où la technique prime sur l'idée, et où l'apparence prime sur le propos. Écouter la même musique que ses géniteurs, c'est la mort de l'esprit rock.
VI. Une production qui vieillit comme du lait au soleil
Techniquement, cet album est une agression, mais pas la bonne. Page en producteur omnipotent, a voulu créer un « mur de son ». Résultat ? C'est une bouillie sonore où tout essaie d'être plus fort que le reste. La batterie écrase tout, la basse est reléguée au rang de simple figurant utilitaire, et la guitare sature l'espace de manière hystérique.
Il n'y a aucune nuance, aucune respiration, c'est juste du matraquage. J'aime les productions qui gèrent l'espace, le silence, la tension, j'aime quand le son est une architecture pensée. Ici, c'est juste un empilement de parpaings et c'est épuisant à l'écoute. C'est une démonstration de force qui ne sert qu'à masquer la pauvreté des compositions.
Enlevez les fioritures et les hurlements, il ne reste pas grand-chose : quelques structures de blues basiques et une envie furieuse de faire du bruit pour épater la galerie. C’est du son gras, sans aucune finesse, fait pour être craché par des enceintes de mauvaise qualité dans des chambres d’adolescents boutonneux.
VII. Pourquoi je refuse le respect imposé
On me répète souvent : « Oui, mais il faut respecter leur influence ». Mais quelle influence ? Celle d'avoir engendré des milliers de clones sans talent ? Celle d'avoir transformé le rock en une industrie de la performance ? Si c'est ça leur héritage, alors je préfère rester sur le bord de la route
Je préfère mille fois la dissonance, l'expérimentation ou la transe industrielle. Car ces musiques me parlent de ma vie, de mes doutes, de la complexité du monde. Led Zeppelin me parle d'un monde qui n'existe pas, peuplé de clichés sexistes et de postures d'un autre âge.
Ce premier album n'est pas un chef-d'œuvre, c'est l'acte de naissance d'un conservatisme qui se fait passer pour de l'avant-garde. C'est un disque paresseux qui repose sur le pillage et sur l'esbroufe. C'est le triomphe de la forme sur le fond, du paraître sur l'être. On est au cœur du système de la « rockstar » dans ce qu'il a de plus détestable : l'éloignement total du public et de la réalité sociale.
Conclusion : Le dirigeable est vide
Bref, je n'aime pas Led Zeppelin. Je n'aime pas ce qu'ils représentent, je n'aime pas la manière dont ils ont dévoyé le rock, et je déteste par-dessus tout cette idée reçue qu'ils seraient intouchables. Sur ce point, il y a aussi Pink Floyd mais... ce n'est pas le sujet.
Mon passage en magasin de disques et en radio m'a appris une chose essentielle : la musique est une question de sincérité et d'urgence. Et dans ce disque, je ne sens ni l'un ni l'autre. Je sens de l'opportunisme, de l'arrogance et beaucoup de vent.
Ce premier opus est une baudruche. On souffle dedans, on fait beaucoup de bruit, mais à la fin, il ne reste qu'un tas de caoutchouc froissé au sol. Rangez-moi ça au rayon des antiquités, à côté des trophées de chasse et des vieilles gloires du passé. Moi, je retourne écouter des disques qui ont une âme, pas des disques qui ont juste un ego boursouflé.
Led Zeppelin I ? Un naufrage auditif, une imposture historique. C'est une musique de poseurs pour des gens qui veulent se donner des frissons sans jamais sortir de leur zone de confort. Le rock mérite mieux que ces quatre-là. Il mérite de la sueur, du sang et des idées neuves, pas des reprises de blues survitaminées jouées par des types qui se prennent pour des sorciers gallois.
Et non, je ne changerai pas d'avis et peu importe le nombre de fois où on me passera ces riffs éculé car ce sera toujours vide, vain, et surtout d'une lourdeur insoutenable.