Rated 2/10
Je suis né en 1970, j'ai vu des trucs, j'ai entendu des trucs. J'écoute de la musique avec une passion dévorante depuis que j'ai l'âge de comprendre que le monde est un endroit sombre et qu'il faut bien du bruit pour couvrir le silence. Entre 1991 et 2000, j'ai traîné mes guêtres dans une radio indé et ensuite, j'ai passé quatre ans derrière le comptoir d'un disquaire indépendant.
Tout ça pour dire que ce projet des "1001 Albums" c'est un peu comme un pèlerinage, une mission quotidienne. Je me lève, je regarde la liste, et j'y vais avec le respect de l'artisan. Même quand je tombe sur des trucs qui ne sont pas ma tasse de thé, je fais l'effort. C'est le jeu, c'est le contrat.
Et puis, il y a eu aujourd'hui...
Aujourd'hui, j'ai pioché Chris de Christine and the Queens, sorti en 2018.
Putain... Voici en substance ce que j'ai dit quand j'ai découvert la proposition de ce jour. Juste ce mot, lâché dans le vide de mon salon, avec le regard vide du type qui sait qu'il va passer un sale quart d'heure. Mais je suis un pro et je me suis dit : "Allez, mon gars, tu as survécu à bien pire. Clique."
Et là, j'ai regardé la tracklist.
Putain... Voici en substance ce que j'ai dit quand j'ai découvert qu'il y avait 23 titres pour 1h33. Quatre-vingt-treize minutes de ma vie que je ne récupérerai jamais. Même GYBE, quand ils te font un morceau d'une demi-heure, tu voyages. Là, 23 titres de pop synthétique tiède, ça ressemblait plus à une peine de prison qu'à une épopée musicale. Mais bon, le contrat... J'appuie sur "Play".
Putain... Voici en substance ce que j'ai dit au bout des premières secondes en ajoutant... ça va être long... Très, très long.
Dès les premiers beats programmés avec la conviction d'un expert-comptable sous Xanax, dès les premières vocalises susurrées de cette voix qui se veut moderne mais qui sonne juste vide. Ça l'a été, ça a été long, mais moins long que je ne l'aurais pensé. Pourquoi ? Parce que j'ai craqué. Il faut dire que, malgré toute ma bonne volonté, je n'ai pas pu aller jusqu'au bout de cette merde R'n'B à la française. Et croyez-moi, c'est bien une des rares fois que cela arrive. Habituellement, je me fais un point d'honneur d'aller au bout de chaque disque, même les trucs expérimentaux les plus insupportables. Mais là, mon cerveau a dit stop.
Alors autant habituellement, quand on rajoute "à la française" à un genre, ça donne un petit cachet. Ça sent l'artisanat, la baguette de pain, le petit truc arrogant mais charmant. Mais autant ici, ça ne sert strictement à rien. C'est juste de la copie de mauvaise pop urbaine américaine, passée à la moulinette de Saint-Germain-des-Prés, avec une esthétique de clip de parfum. Donc, appelons un chat un chat : c'est juste de la merde. Moins liquide que celle de Mariah Carey, certes, car il n'y a pas ces putains de hurlements de dauphin asthmatique. C'est plus contenu, plus "chic" en apparence, mais ça reste de la merde bien marketée, emballée dans du papier glacé Inrocks. Mais à l'intérieur ? Il n'y a rien.
Je n'analyse même pas les morceaux un par un, à quoi bon ? C'est un long tunnel de beats mous, de synthés FM des années 80 mal digérés, et de paroles qui volent à la hauteur d'un post Instagram faussement profond. Je me fous complètement de savoir qui a produit quoi ou de la démarche "conceptuelle" derrière l'album. Quand la musique est aussi chiante, le concept ne me sert à rien. Au final, j'ai mis 1 sur 5 et très franchement, c'est beaucoup trop bien noté. Je le mets uniquement parce que zéro n'est pas une option dans mon tableau. Ce point, c'est pour l'ingénieur du son qui a dû se faire chier à mixer ces 23 pistes de néant et qui a fait un boulot propre techniquement. C'est tout.
Mais avant de fermer cette page, j'ai une vraie question existentielle. Une question métaphysique qui me taraude depuis que j'ai coupé cette atrocité.
Qu'est-ce que cette merde fout dans la liste ? Sérieusement. Je m'adresse aux éditeurs de ce bouquin, à ce brave Robert Dimery ou aux critiques musicaux soi-disant "éclairés" qui mettent à jour ces éditions des années 2010/2020.
Qu'est-ce qui s'est passé dans la salle de rédaction ? Il y avait des quotas à respecter ? Il fallait absolument cocher la case "pop française contemporaine faussement transgressive" pour faire moderne ? Il fallait plaire à la presse parisienne branchouille ?
Comment peut-on oser mettre cette purge d'1h33 dans un ouvrage censé regrouper les 1001 albums qu'il FAUT avoir écoutés avant de claquer ?
Car, si je suis sur mon lit de mort et qu'il me reste 1h33 à vivre, je vous garantis que je ne mets pas "Chris". Je mets du Nick Cave, je mets "Unknown Pleasures", je mets 1h33 de larsen de Sunn O))) histoire de faire fuir la faucheuse. Mais certainement pas cette merde.
Car c'est une insulte à l'histoire de la musique.
Car c'est une insulte à tous les groupes qui se sont saignés dans des caves pour sortir des albums parfaits qui ne figureront jamais dans cette liste.
Car c'est juste une insulte à mes oreilles.